L’histoire de la Lozère, longue de plusieurs millénaires, est évoquée ici à travers les grandes étapes qui la jalonnent et qui ont, au fil du temps, modelé les paysages et les hommes, et laissé les traces constituant aujourd’hui le patrimoine de ce territoire. Cette rubrique ne vise pas à l’exhaustivité mais plutôt à souligner que chaque période historique a contribué à enrichir le patrimoine paysager, archéologique, architectural, ethnologique ou archivistique de notre département.

La préhistoire



Les premiers peuplements attestés datent du paléolithique. Les traces les plus anciennes de la présence de l’homme, contemporain de l’homme de Tautavel (Pyrénées-Orientales), ont été trouvées dans les grottes et les avens du causse Méjean et du causse de Sauveterre.

Au néolithique, les cavernes sont délaissées. Les premiers villages sont édifiés sur les plateaux, ceints de remparts rudimentaires ; plus de 600 mégalithes, menhirs (par exemple, sur les échines calcaires des Bondons, près du mont Lozère) et dolmens, témoignent de cette occupation.

A l’Age du Fer apparaissent les premiers sites fortifiés, tels l’oppidum de Saint-Bonnet-de-Chirac.


L’époque gallo-romaine



Pendant la période gallo-romaine, la région est occupée par le peuple celte des Gabales, mentionné par Jules César dans La Guerre des Gaules. Les limites de la cité gallo-romaine sont approximativement celles du Gévaudan qui lui succède au Moyen Age et à l’époque moderne, puis celles du département de la Lozère.

Trois sites rassemblent des vestiges de cette époque :
-Javols (Anderitum), dont les fouilles archéologiques, commencées au XIXe siècle et poursuivies depuis, ont permis de mettre au jour maisons, rues, monuments, nécropoles. Le site et la salle d’exposition accueillent aujourd’hui nombre de visiteurs.
-Lanuéjols, dont le mausolée, dédié à deux enfants morts en bas âge et datant de l’Antiquité tardive (IIIe-IVe siècle), est un modèle d’architecture funéraire.
-Banassac qui, au Ier siècle, produit des céramiques sigillées en grande quantité et les exporte dans tout l’Empire romain. Le village, à l’époque mérovingienne, se tourne vers la production de monnaies, avec la présence d’un atelier important (VIIe siècle). Le matériel découvert lors des fouilles est présenté dans la salle d’exposition de la mairie.
 

Le Moyen Age



Les débuts du Moyen Age sont marqués par les premiers pas de la christianisation, avec le martyre de saint Privat, premier évêque du Gévaudan, et l’importance des fondations monastiques mérovingiennes, parmi lesquelles Saint-Martin de La Canourgue et Sainte-Énimie.

L’administration carolingienne structure le territoire et place un comte à la tête de chaque pays (pagus). En même temps, la christianisation confère, dès le XIe siècle, un rôle croissant aux abbés issus, pour la plupart, des familles seigneuriales. Les évêques successifs, tout comme les seigneurs laïcs, cherchent à affirmer leur pouvoir politique à la faveur de l’affaiblissement des institutions politiques (Xe-XIe siècles). Le pouvoir des huit baronnies (Apcher, Canilhac, Cénaret, Florac, Mercœur, Randon et Tournel) qui composent le Gévaudan est considérablement affaibli par deux actes essentiels : la Bulle d’or (1161), qui officialise la domination temporelle de l’évêque, et l’acte de paréage (1307) qui délimite le domaine du roi, celui de l’évêque puis la terre commune (possession des barons). Il érige le Gévaudan en comté qui conserve ce statut jusqu’en 1789. La série G des Archives départementales abrite un fonds très riche rassemblant les documents propres à l’administration de l’évêché et les papiers relatifs aux fiefs et feudataires de l’évêque-comte du Gévaudan.

A partir du XIe siècle, les premières forteresses médiévales, dont ne subsiste souvent aujourd’hui que le donjon, et les premières églises romanes (La Rouvière, Saint-Julien-du-Tournel, La Parade, Ispagnac, Saint-Flour-du-Pompidou, La Canourgue…) sont édifiées. Le siège de la puissance seigneuriale est symbolisé par l’apparition du castrum, ensemble fortifié autour duquel les paysans se rassemblent en quête de protection. Ce mouvement suscite peu à peu la création de villages, comme ceux de La Garde-Guérin, de Calberte, du Tournel ou encore du Villard…

La fin du Moyen Age est marquée par le rôle du pape Urbain V, né à Grizac, près du Pont-de-Montvert, pacificateur en France, bienfaiteur en Gévaudan et grand constructeur. On lui doit en particulier la cathédrale de Mende, à la fin du XIVe siècle. Depuis sa construction, l’édifice, sobre et imposant, longtemps symbole de la puissance du diocèse de Mende, en partie détruit pendant les guerres de religion, a fait l’objet de nombreuses transformations qui n’ont pas altéré son aspect majestueux. Durant ces deux siècles, le Gévaudan est également touché par deux fléaux : la peste et la guerre de Cent Ans, dont l’épisode le plus remarquable pour le Gévaudan est le siège de la forteresse de Châteauneuf-de-Randon par Bertrand du Guesclin (1380).

L’architecture gothique se substitue peu à peu à l’architecture romane : outre la cathédrale de Mende, les collégiales de Bédouès et Quézac et l’église de Saint-Germain-de-Calberte en sont le témoignage.
 

L’Ancien Régime



Le XVI siècle voit l’apparition puis l’expansion de la religion réformée, à partir des Cévennes jusqu’en haute Lozère, autour de Marvejols, où l’on assiste à la conversion de certaines familles nobles comme la famille de Peyre. Le protestantisme, qui rassemble toutes les catégories sociales, contribue largement à la construction de l’identité cévenole. Entre 1562 (début des guerres de religion, qui furent également des guerres civiles) et 1598 (signature de l’édit de Nantes), les guerres de religion génèrent destructions, pillages et exécutions : en 1579, la ville de Mende est prise par les protestants, en 1586, celle de Marvejols par les catholiques. Si la première moitié du XVII siècle est globalement une période de calme, en raison de la mise en place d’une politique de tolérance, il n’en est pas de même dans les décennies qui suivent. Sous le règne de Louis XIV, les protestants sont victimes de discriminations et les temples sont la cible de leurs adversaires. Beaucoup sont alors détruits. Quelques uns ont été restaurés au cours de ces dernières décennies, comme ceux du Collet-de-Dèze et de Vialas.

L’édit de Fontainebleau portant révocation de l’édit de Nantes, en 1685, leur donne le choix entre l’abjuration de leur religion, la fuite à l’étranger ou les galères… La guerre des Camisards (1702-1705), point d’orgue de leur révolte, déclenchée par l’assassinat de l’abbé du Chayla, entraîne le brûlement des Cévennes. Les persécutions se poursuivent tout au long du XVIIIe siècle, jusqu’à l’édit de tolérance, en 1787, qui marque la reconnaissance civile des protestants français.

De 1764 à 1767, le pays connaît un sanglant épisode, celui de la Bête du Gévaudan, qui se solde par la mort de plus d’une centaine d’enfants et de jeunes gens. Cet épisode a fortement contribué à la célébrité du Gévaudan dans l’ensemble du royaume, forgeant une légende noire autour de ce territoire et des événements qui l’endeuillaient. Aujourd’hui encore, une abondante littérature est consacrée à ces événements mais aucune explication n’est pleinement satisfaisante.

Ces deux événements (la guerre des Camisards et la Bête du Gévaudan) ont profondément marqué la mémoire et l’identité des Lozériens.

Le caractère profondément rural du Gévaudan au cours de l’époque moderne explique l’importance des demeures seigneuriales, qui remplacent peu à peu les demeures fortifiées de la fin du Moyen Age. Les propriétaires terriens, après avoir fait édifier des maisons fortes dans les vallées (château de la Caze dans les gorges du Tarn, château de Castanet près de Villefort), les transforment peu à peu en résidences plus confortables, avec de nombreuses ouvertures (château de la Baume, château de Saint-Alban, château du Champ, château du Boy). A partir des XVIe et XVIIe siècles, l’architecture Renaissance puis l’architecture classique remplacent progressivement l’architecture gothique.
 

La Révolution



Le 5 février 1790, le Gévaudan, échappant de justesse au morcellement administratif et donc à la perte de son identité, héritée du paréage de 1307, devient le département de la Lozère, du nom de son massif le plus élevé. Ses limites sont cependant légèrement modifiées par rapport au diocèse d’Ancien Régime.

En Lozère, la Constitution civile du clergé (1790), très mal acceptée dans ce pays profondément attaché à la religion, provoque les offensives de la Contre-Révolution, menée par Marc-Antoine Charrier, hormis dans les Cévennes où les idées révolutionnaires ont été bien accueillies. Ce conflit entre l’Église catholique et l’État dure une dizaine d’années, jusqu’au Concordat de 1802.

La période révolutionnaire donne lieu à quelques destructions, mais le vandalisme, en particulier vis-à-vis des bâtiments religieux, y reste plutôt limité par rapport à d’autres départements.
 

La période contemporaine



Le XIXe siècle est marqué par un renouveau religieux, dont l’Église catholique bénéficie notamment, avec la multiplication des vocations, des ordinations et des missions.

Trois hommes politiques d’envergure ont des responsabilités au plan national. Sous le Consulat, le chimiste Jean-Antoine Chaptal est ministre de l’Intérieur de 1800 à 1804. Lors de la IIe République, en 1848, Odilon Barrot, partisan de la monarchie parlementaire, est élu député. Cette même année, il devient président du Conseil et ministre de la Justice. Sous le Second Empire puis la IIIe République, Théophile Roussel, républicain, est la grande figure parlementaire du département de la Lozère.

L’économie du département est de type agro-pastorale mais une tradition textile est solidement établie en Lozère depuis le Moyen Age. La cadisserie (travail de la laine) et, en Cévennes, la sériciculture connaissent leur apogée au XIXe siècle. La filature des Calquières, à Langogne, est là pour témoigner, de même que les fonds iconographiques des Archives départementales, de l’importance de cette activité aujourd’hui disparue. Parallèlement, le tourisme et le thermalisme, caractéristiques de la Belle Époque, se développent. Pionnier dans le domaine de la randonnée pédestre, dont les adeptes sont fort nombreux aujourd’hui, Robert Louis Stevenson quitte en 1878 Le Monastier-sur-Gazeille, en Haute-Loire, pour rallier Saint-Jean-du-Gard, après avoir traversé les Cévennes et parcouru plus de deux cents kilomètres. Un chemin de grande randonnée porte son nom. Quant aux découvertes spéléologiques d’Édouard-Alfred Martel, elles ont grandement contribué à la renommée et au développement touristique des Gorges du Tarn et de l’Aven Armand.

La fin du siècle est marquée par l’accroissement des tensions entre l’État républicain, qui se veut de plus en plus laïc, et les Églises. En 1905, à la suite du vote de la loi de séparation des Églises et de l’État, l’inventaire des biens des établissements ecclésiastiques est à l’origine de violents affrontements dans de nombreux villages, en particulier dans le Nord du département, majoritairement catholique.

Comme beaucoup de départements, la Lozère paie un lourd tribut à la grande Guerre. La disparition dramatique de tant de jeunes gens (22% des mobilisés), associée aux débuts de l’exode rural et à la crise des activités industrielles, engendre un déficit démographique sans précédent en Lozère : en un siècle, le département perd la moitié de sa population.
Sous l’Occupation, la " révolution nationale " mise en place par le maréchal Pétain est d’abord plutôt bien accueillie par les Lozériens. Cependant, peu à peu, la situation évolue, et, à partir de 1943, les maquisards deviennent très actifs dans les monts de la Margeride, l’Aubrac et les Cévennes. La Lozère est libérée en août 1944.

Aujourd’hui, les tensions politiques et religieuses entre une Lozère catholique conservatrice et une Lozère protestante progressiste, essentiellement présente dans les Cévennes, se sont apaisées. Après plusieurs décennies d’exode rural, le département tend actuellement à stabiliser sa population, en particulier autour de Mende, la ville préfecture. Il mise aujourd’hui sur ses activités de services et ses atouts touristiques (et notamment le tourisme culturel) pour se développer en harmonie avec son territoire.

La Lozère, riche de son passé, l’est également de ses paysages, modifiés au fil du temps par les déboisements et les reboisements successifs. Leur diversité est liée à l’existence des quatre roches principales qui la composent, le basalte, le granite, le schiste et le calcaire, entaillé par les gorges du Tarn et de la Jonte, correspondant à quatre zones géographiques, l’Aubrac, la Margeride, les Cévennes et les Grands Causses. La beauté de ce patrimoine naturel d’exception, qui s’ajoute à la valeur incontestable de son héritage culturel et à la diversité de sa flore et de sa faune, en font un havre de paix qu’il est indispensable de connaître, de protéger et de mettre en valeur.

Haut de page